Baisers fous

Le baiser se fait de souffles amples. Il caresse et murmure le désir, cherchant l'alliage des peaux. Le baiser porte en lui tout l'univers de celui qui le donne. La manière d'embrasser en dit long sur l'amoureux, ses attentes et ses rêves, sa réalité profonde. Du baiser réservé et timide à celui envahissant du conquérant, baisers gênés et retenus ou passionnés et ludiques, les embrassades s'accordent quand elles se ressemblent ou quand elles sont complémentaires.

Ne nous y trompons pas, les baisers sont toujours à l'image de l'échange sexuel qui parfois leur succède. Si l'impression n'est pas bonne, vous allez souffrir ou au mieux vous ennuyer. Si le baiser est prometteur, s'il est pas mal, assez bien ou plutôt bien, lancez-vous. Ca vaut la peine d'explorer et de laisser sa chance à une rencontre qui a peut-être besoin d'un peu de temps pour trouver sa place et son propre rythme. Quant au baiser délicieux.. Hmmm c'est une promesse de fête!

Que de baisers lancés au hasard, confiés au vent, aux étoiles ou aux museaux des vaches. Combien de baisers rêvés en cachette ont été perdus ou sacrifiés aux craintes de nos bouches sèches. Le baiser se donne et à la fois se prend, se vole impunément dans la joie désinvolte des amoureux.

La bouche appelle. Elle se tord et frémit. Elle passe sa langue sur la lèvre du haut, se mordille celle du bas. En trahissant le désir, elle l'affirme. Son énergie rayonne, par le souffle, par la couleur et la brillance, par le charnu de sa chair. La bouche attire le regard. Le nez l'accompagne, promettant de douces caresses. La langue, mouillée et chaude, vivante, magique, laisse à l'imaginaire des trésors de délices à venir..

On s'approche. Le bouche à bouche incontournable, essentiel, magnifique. Lèvres qui se touchent, se mouillent de langues et de salive, s'attrapent et se mordillent la chair de crevette, s'aspirent et se dégustent. Dans un souffle, les âmes réunies et le « je t'aime » que l'on dit dans la langue de l'autre.

Langue qui file en découverte, visite et caresse, s'attarde sur le relief d'une gencive ou sur la douce commissure des lèvres. Le baiser part à la conquête du visage tout entier, tendres ailes du nez, paupières craintives, papillonnantes et le sourcil lissé d'une lèche lente. Le front qu'on respire à pleines narines en tenant la tête à deux mains, doigts et chevelure entremêlés.

Le corps se tortille de désirs. Il réclame sa séance de « bisouthérapie ». Il veut cette bouche amoureuse courir partout sur lui pour éveiller ses sens. Les dents saisissent et mordillent les chairs, le nez écrase, les lèvres frôlent et posent sur la peau le son des baisers. D'haleine chaude, la bouche part en quête de zones inconnues, les pieds, l'arrière du genou, le creux de l'aine et les senteurs intimes aux détours de replis oubliés. Baisers sur le sexe. Miam... englouti. Le plaisir de prendre à pleine bouche cette part vibrante si souvent gardée secrète et qui tressaille d'enfin se révéler. Jeu de lèvres et de langue sur un sexe tendu, gonflé et luisant, de fluides et de salive englué. Tout le corps en fait magnifié de baisers dans une reconnaissance totale de l'être sexué.

Le baiser cherche, explore, réveille. Il court partout sur le corps de l'aimé, suant, crachant et allumant les feux du désir. Alors, dans un élan sacré, c'est tout le corps qui embrasse et nos bouches se lient encore de tendre bave, dans les souffles et les cris.

avril 2007